Berlin, le 26 janvier 2026 - Dans un monde où les cyberattaques se multiplient et où les données sensibles des entreprises sont constamment menacées, une innovation discrète, mais majeure, émerge : OpenID Shared Signals. Ce protocole, encore méconnu du grand public, pourrait bien devenir la pierre angulaire de la sécurité informatique des grandes organisations. Explications.
Un constat alarmant : des systèmes de sécurité en retard d’une guerre
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : selon l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI), plus de 80 % des cyberattaques commencent par le vol de mots de passe ou de credentials. Pourtant, malgré des investissements colossaux dans les solutions de gestion des identités et des accès (IAM), les entreprises peinent à réagir à temps. En moyenne, il faut encore 204 jours pour détecter une intrusion, selon le dernier rapport d’IBM sur le coût des violations de données. Un délai bien trop long dans un environnement où les attaques se jouent en quelques secondes.
C’est dans ce contexte qu’OpenID Shared Signals s’impose comme une réponse inédite. Ce standard ouvert, développé par la fondation OpenID en collaboration avec des acteurs majeurs comme Microsoft, Okta ou Ping Identity, permet aux systèmes de sécurité de communiquer entre eux en temps réel. L’objectif ? Détecter une menace et y répondre avant même qu’elle ne cause des dégâts.
Un protocole qui change la donne
OpenID Shared Signals repose sur un principe simple : la transmission instantanée d’alertes de sécurité entre différents outils. Concrètement, lorsqu’un événement suspect est détecté – une tentative de connexion depuis un pays inhabituel, un changement de mot de passe non autorisé, ou une session compromise –, un signal est envoyé à l’ensemble des systèmes concernés (IAM, SIEM, outils anti-fraude, etc.). Ces signaux, appelés Security Event Tokens (SET), sont des jetons cryptés et signés, garantissant leur authenticité et leur intégrité.
Contrairement aux protocoles traditionnels comme SAML ou OAuth, qui se concentrent sur l’authentification et l’autorisation, Shared Signals ajoute une couche essentielle : la réactivité. Guillaume Dale, Consultant IAM chez Ariovis, souligne que OpenID Shared Signals est un accélérateur de Zero Trust : « Dans une architecture Zero Trust, chaque accès doit être validé en continu. Shared Signals permet de propager en temps réel les alertes de compromission entre les outils IAM, SIEM et PAM, renforçant ainsi la vérification dynamique des identités et des contextes. C’est une brique essentielle pour passer d’une sécurité statique à une sécurité adaptative. »

Des applications concrètes pour les entreprises
Les cas d’usage sont nombreux et variés. Dans le secteur bancaire, par exemple, une banque comme la Société Générale peut utiliser Shared Signals pour bloquer instantanément une transaction suspecte dès qu’un comportement anormal est détecté. Dans l’industrie, un groupe comme Airbus peut isoler un compte compromis avant qu’il n’accède à des données sensibles. Même les administrations publiques, souvent cibles de cyberattaques, y trouvent un intérêt majeur.
Ce protocole est particulièrement adapté aux environnements où la sécurité doit être proactive plutôt que réactive. Il répond ainsi aux exigences des nouvelles régulations européennes, comme la directive NIS2 ou le règlement DORA, qui imposent aux entreprises une gestion des risques en temps réel.
Une adoption en pleine accélération
Si OpenID Shared Signals est encore en phase de déploiement, son adoption progresse rapidement. Les géants de la tech, comme Microsoft avec son solution Entra ID, ou Okta, l’ont déjà intégré à leurs offres. En France, des acteurs comme Thales ou Atos l’utilisent pour renforcer leurs solutions de lutte contre la fraude et de gestion des identités.
Les retours d’expérience sont convaincants. Selon une étude publiée par Gartner en 2025, les entreprises ayant adopté Shared Signals ont réduit de 60 % leur temps de réponse aux incidents et diminué de 40 % les cas de fraude grâce à la révocation instantanée des sessions compromises. Il s’agit d’un véritable changement de paradigme : on passe d’une sécurité statique, fondée sur des contrôles ponctuels, à une approche dynamique, capable de s’adapter en temps réel aux contextes et aux menaces.
Comparaison des protocoles de sécurité
| Protocole | Utilisation principale | Capacité temps réel | Interopérabilité |
| SAML | Authentification unique (SSO) | Non | Moyenne |
| OAuth 2.0 | Autorisation d’accès aux APIs | Non | Élevée |
| OpenID Connect | Authentification moderne | Partielle | Élevée |
| OpenID Shared Signals | Alertes et réactions en temps réel | Oui | Élevée |
Un déploiement accessible, mais exigeant
Pour les entreprises souhaitant adopter ce protocole, la première étape consiste à auditer leur écosystème existant. « Il faut identifier les outils compatibles et définir les événements critiques à surveiller », explique Jules Cremaschi, chef de projet chez Ariovis, une société spécialisée dans l’intégration de solutions IAM pour les grands comptes. « L’intégration est relativement simple, mais elle nécessite une bonne coordination entre les équipes sécurité et IT. »
- Audit des outils existants : Vérifier la compatibilité des solutions IAM, SIEM et anti-fraude.
- Phase pilote : Tester le protocole sur un cas d’usage simple, comme la révocation de session.
- Intégration progressive : Configurer les transmetteurs et récepteurs d’alertes.
- Formation des équipes : Sensibiliser les équipes SOC (Security Operations Center) à la gestion des signaux.
- Déploiement à grande échelle : Étendre le système à l’ensemble des applications critiques.
Un avenir prometteur
Avec la finalisation des spécifications par l’OpenID Foundation en 2025 et leur standardisation par l’IETF, OpenID Shared Signals est appelé à devenir un élément incontournable des architectures de sécurité modernes. « Dans les années à venir, toute entreprise qui ne disposera pas d’un système de ce type sera considérée comme vulnérable », estime un expert.
Pour les responsables sécurité, le message est clair : le temps réel n’est plus une option, mais une nécessité. Dans un monde où les cybermenaces évoluent à une vitesse fulgurante, OpenID Shared Signals offre enfin une réponse à la hauteur des enjeux.