On a parfois l’impression que les grandes banques françaises évoluent chacune dans leur galaxie. Chacune son SI, chacune son app, chacune sa stratégie.
Alors, quand cinq d’entre elles BNP Paribas, Crédit Agricole, BPCE, Crédit Mutuel, Société Générale, réussissent à créer un produit commun, il faut commencer par saluer la performance.
Parce qu’avant même de parler d’authentification, d’expérience utilisateur ou de souveraineté numérique… le premier exploit est managérial.
1. Une alliance bancaire aussi improbable que remarquable
Il faut imaginer l’effort : mettre autour de la table plusieurs mastodontes, chacun avec son organisation, ses contraintes réglementaires, ses priorités internes et son propre historique technique.
Et malgré cela, accoucher d’un service commun, porté par une gouvernance unifiée et une vision partagée.
b.connect, c’est d’abord un tour de force de coordination :
- Un modèle économique partagé
- Une architecture commune
- Une marque unique
- Une stratégie d’adoption nationale
On peut ironiser sur beaucoup de choses dans le numérique français, mais réussir à aligner cinq banques sur un produit destiné au marché est suffisamment rare pour être souligné.
Chapeau aux technocrates qui ont tenu le projet. Sincèrement.
Car sur le papier, l’idée est brillante : transformer l’infrastructure d’authentification bancaire, déjà utilisée par des millions de Français au quotidien — en un bouton de connexion universel, souverain, sécurisé et simple.
Bref : un « Login with Google »… mais français, fiable, et avec authentification forte.
2. Un service pensé pour le grand public
Pour l’utilisateur, l’objectif est limpide :
arrêter de créer des mots de passe partout, arrêter de les oublier, arrêter de cliquer sur « mot de passe oublié », et s’appuyer sur l’authentification la plus solide qu’ils utilisent déjà chaque semaine : celle de leur banque.
Avec b.connect, le parcours idéal ressemble à ça :
- Vous cliquez sur « Se connecter avec b.connect »
- Votre application bancaire s’ouvre
- Vous validez avec Face ID / empreinte / code SCA
- Vous êtes connecté
Un geste que tout le monde connaît, compris par les moins techniques, et extrêmement difficile à usurper.
Pour les sites marchands, l’avantage est évident :
- moins de friction,
- plus de conversions,
- moins de support,
- des données clients vérifiées.
Sur le papier, encore une fois : c’est du gagnant-gagnant.
3. Mais… un lancement raté cet été
Et c’est là que le rêveur se réveille.
Parce que si l’initiative est excellente, son exécution l’est un peu moins.
Le service devait être lancé cet été. Les annonces étaient prêtes, la communication aussi. Ariovis en avait déjà parlé, avec passion, à l’ensemble de ses clients cIAM.
Mais l’été est passé, et rien n’a été mis en production.
Raison officielle : prudence, robustesse, phases de test, industrialisation.
Raison officieuse : quand cinq banques doivent synchroniser leurs environnements, leurs équipes et leurs jalons, la réalité reprend vite ses droits.
Résultat : b.connect existe, mais n’est pas encore réellement là.
Et pendant que la France finalise les tableaux Excel d’organisation du lancement… d’autres pays en Europe utilisent déjà un équivalent depuis presque 20 ans.
4. Pendant ce temps, la Norvège vit dans le futur depuis 2004
La comparaison fait un peu mal, mais elle est instructive.
La Norvège dispose depuis 2004 de BankID, son système national d’identité numérique.
Dès le départ, il combine :
- authentification forte,
- signature électronique,
- identification pour services privés et publics.
Le modèle moderne d’authentification pour le grand public, celui comparable à b.connect, a été déployé à grande échelle en 2014.
Aujourd’hui :
- Plus de 4,3 millions de Norvégiens l’utilisent
- Soit 98 % de la population adulte
- Pour accéder à leurs services publics, leurs banques, leurs assurances, leurs e-commerces
- Et même pour signer des contrats locatifs
Et ce n’est pas qu’en Norvège :
- MitID (Danemark) : déployé depuis 2021 (remplaçant NemID existant depuis 2010)
- Finnish
Trust Network (Finlande) : opérationnel depuis 2019
L’Europe du Nord a des années d’avance.
Pendant que la France avance… mais doucement.
5. Espérons que b.connect n’aura pas le destin de “CB”
Le risque, il est simple :
que b.connect devienne un projet magnifique, très bien conçu, très bien communiqué… puis progressivement abandonné faute d’adoption ou de gouvernance solide.
Un peu comme la marque CB, qui a longtemps été un fleuron français avant d’être progressivement effacée derrière Visa — au point que BPCE ne brand plus CB, mais uniquement Visa.
On connaît le scénario :
- Un lancement ambitieux
- Quelques intégrations pilotes
- Puis un ralentissement
- Puis des arbitrages internes
- Puis l’oubli
Et pourtant, b.connect pourrait être un outil souverain majeur, un vrai contrepoids aux GAFAM, une brique structurante du numérique français.
À condition… de ne pas en faire un projet politique de plus, mais une infrastructure durable.
Cela nécessitera :
- une communication massive,
- une roadmap assumée,
- des intégrations CIAM faciles,
- un soutien métier fort,
- et des décisions rapides.
Bref : l’antithèse de la lenteur administrative.
Conclusion
b.connect coche toutes les cases :
- initiative souveraine,
- alliance rare,
- service utile,
- expérience simple,
- sécurité élevée.
Sur le papier, c’est un produit qui peut réellement changer la manière dont les Français se connectent.
Mais à côté, la Norvège fait cela depuis dix ans.
Et le lancement retardé n’a rien de rassurant.
Alors oui :
on peut espérer que b.connect sera un succès, un vrai, durable et structurant.
Mais il faudra que l’exécution soit bien plus rapide que le démarrage.
Parce que les très bonnes idées, en France, meurent souvent… de leur lenteur.
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